Bleu comme les iris

INFOLETTRE DE JUIN

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Petit à petit l’aménagement de mon atelier prend forme. Les toiles sont accrochées, y compris dans la partie habitation. En haut, mes préférées : les chevaux. En bas, des paysages et des portraits plus représentatifs des cours que je donne. Il y a ma série sur l’océan, entre figuratif et abstrait. Je viens de terminer 4 toiles, un projet qui me tenait à cœur depuis plus de 2 mois.  L’inspiration était là, mais les aléas du quotidien me freinaient dans mon élan. Comme quoi, même pour un artiste à plein temps, il est parfois difficile de mener ses projets à bien. Eh oui, c’est comme tout : le volet administratif est incontournable car, même si c’est avant tout un plaisir, l’art est aussi un métier.

Tiens, je vais mettre cette belle phrase en rouge et en gras pour ceux qui en douteraient encore. Car si c’était aussi facile qu’on le prétend, il y aurait plus d’artistes lâchés dans la nature, non ?

L’art est un métier.

Ceci étant posé, j’en arrive à l’essentiel : les iris. J’ai eu la surprise cette semaine de découvrir des iris dans mon jardin, alors qu’il est à l’abandon. Moi qui aime tant les fleurs, je vais me donner un an pour apprivoiser mon jardin, découvrir ses trésors cachés et décider de ce que je vais en faire. Dans ma vie passée j’ai eu des tomates, des salades, des fraises, des lilas et même un jardin alpin, mon préféré. J’aime le côté indompté de la nature et la grâce des fleurs sauvages ne cesse de m’étonner. Pas les roses, non : ce n’est pas ma tasse de thé. Trop délicat sans doute… Par contre, j’aime le côté graphique des iris. Les lignes de force de ces fleurs leur donnent une expressivité incroyable. Van Gogh l’avait très bien compris d’ailleurs.

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Iris, huile sur toile, Vincent Van Gogh, 71×93 cm, 1889

Le coup de pinceau est apparent et la matière est épaisse, taillée dans la masse. Les contours sont dessinés, les couleurs ne se mélangent pas. C’est sauvage et violent à la fois. Intense.

L’intensité des iris de Van Gogh me parle beaucoup plus que les toiles abstraites qui, malheureusement, dictent les tendances de la décoration contemporaine. Attention : je n’ai rien contre l’abstrait ! Mais j’ai tout contre les toiles plates et sans âme reproductibles à l’infini. Le philosophe Walter Benjamin nous mettait déjà en garde en 1935 contre la mécanisation de l’art qui, en remplaçant l’oeuvre originale par sa photographie, bascule dans le domaine de l’image. Or, la peinture n’est pas une image lisse et plate.

La peinture est un tout complexe rassemblant forme, couleur et matière. D’abord il y a le support, toile ou bois. Ensuite il y a la trace, le dessin. Puis la pâte picturale, tantôt onctueuse, épaisse, lisse ou rugueuse. Georges Didi-Huberman, un philosophe que j’aime beaucoup, parle de la peau de la peinture ; une peau qui respire et se transforme au fur et à mesure des superpositions de couches. Une peinture que l’on peut toucher, caresser comme la peau d’un animal, a une présence infiniment plus forte qu’une image plate et sans profondeur. La texture d’une toile est ce qui fait la différence entre une peinture plate et sans âme, et une oeuvre expressive. Certes il en faut pour tous les goûts et il est possible que ceux qui n’apprécient pas Van Gogh préférent une photo ou une illustration. Mais pour moi la touche est essentielle, et c’est ce qui fait la différence entre peinture et arts décoratifs.

Vous l’aurez compris, je vais vous embarquer dans une aventure picturale sans précédent : comme le saut à l’élastique, il va falloir se lancer ! Mais vous ne risquez absolument rien, à part un peu de peinture bleue sur les doigts.

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Nouvel atelier

INFOLETTRE DE MAI

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Lancement officiel de mon nouvel atelier

En vraie globe-trotter, j’ai eu des ateliers un peu partout : Paris, Noisy-le-Grand, Montréal, Courcelles et maintenant Saint-Augustin-de-Desmaures. Mon atelier parisien était immense mais il avait les défauts de ses qualités : succès oblige, il avait perdu un peu de son âme ; c’était devenu une académie de beaux-arts impersonnelle avec jusqu’à 300 étudiants et 5 professeurs. Pour être un bon enseignant il faut pratiquer. Mais comment faire lorsque l’on passe son temps à enseigner ? En art comme dans d’autres domaines de la vie, il faut un équilibre. En tant qu’artiste et enseignante, je tiens à m’engager auprès de chaque élève à l’aider à atteindre son plein potentiel.

Mon atelier est petit, mais il est convivial. Je souhaite que mes élèves se sentent chez eux, dans un environnement stimulant, créatif et chaleureux. C’est pour cela qu’il y a des chevalets, des toiles et du matériel de peinture, mais aussi un poêle à bois, des fauteuils, de la musique et des livres d’art. Vous serez chez nous comme chez vous. 

Vous l’aurez compris, je viens tout juste de déménager et il va me falloir encore un peu de temps pour tout installer dans les règles de l’art. Mais l’essentiel est déjà là : les toiles sont accrochées, les chevalets sont montés, il ne manque plus que vous ! Je vous invite donc à venir tous en rendre compte par vous même lors du lancement officiel de ISABELLE FROT ART.

Porte ouverte samedi 9 juin 2018, 10h-16h
102 rue du Collège
Saint-Augustin-de-Desmaures

Au programme 

  • Présentation des cours
  • Calendrier été-automne des stages et des soirées Vins & toiles
  • Cocktail de bienvenue (sans alcool)

Ouvert à tous : venez en famille ou avec vos amis !

Vie de château, vue d’artistes

Du 11 au 16 mai j’expose une toile réalisée spécialement pour le Château Frontenac. Venez me voir au vernissage (contactez-moi en privé pour les détails) ou bien lors de ma permanence sur place samedi 12 mai en soirée, à partir de 16h45.

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Vert comme l’océan

INFOLETTRE D’AVRIL

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Ce mois-ci je me suis offert mes premières vraies vacances depuis plusieurs années.  Il ne s’agissait que d’une escapade de cinq jours pour couper de la blancheur quotidienne du Québec. Mais quelle escapade ! Je suis allée voir mon fils aîné en Floride et là, je me suis retrouvée dans une autre dimension. D’abord il y des chevaux partout. Des chevaux américains, mexicains, canadiens, français… De vrais beaux chevaux de compétition, rien à voir avec mon bon gros Padawan (le cheval à l’oeil bleu).

Ensuite, il y  avait des cocotiers, des palmiers, des eucalyptus et des alligators.

Et aussi des poissons rouges, des pélicans, des églises et surtout…

L’OCÉAN !

Rien de bien original, me direz-vous. Mais quand vous n’avez pas vu la mer depuis près de 15 ans, rien ne peut vous préparer au choc des retrouvailles. L’océan, ce n’est pas juste de l’eau salée colorée en bleu. Même les vidéos ne peuvent remplacer l’émotion ressentie face à l’avalanche de sons, d’odeurs et de couleurs qui nous tombent dessus. Rien ne peut expliquer la sensation d’immensité qui vous étreint lorsque vous vous retrouvez sur une plage qui s’étend à perte de vue sur des kilomètres et des kilomètres. Et le vent… Peut-on peindre le vent ?

Je n’avais que quelques jours devant moi et peu de bagages. Alors je me suis assise sur la plage et j’ai écouté le vent. J’ai pris des photos et filmé quelques vidéos, aussi. Mais rien ne remplace l’expérience  vécue. Et ces moments qui n’appartiennent qu’à moi-même, je vais essayer de les traduire sur la toile. Je me servirai de mes photos comme d’un bloc notes imparfait. Mais j’utiliserai davantage la mémoire de tout ce qui est enfermé dans mon cœur et dans mon esprit. Quand je ferme les yeux tout y est : l’iode, la houle et l’écume.

Au fond c’est cela, la peinture : exprimer les perceptions et le ressenti intérieur d’un moment d’émotion suspendu dans le temps. Le talent n’a rien à voir avec ça. On peut avoir un bon coup de crayon et être vide intérieurement. Mais si on a la passion et l’envie, tout est possible.

Ma prochaine série de toiles va traiter de l’océan. Bien sûr, avant, j’ai d’autres toiles à finir et je ne peux pas m’y mettre tout de suite. Mais en mai, je ferai ce qu’il me plait : la mer.

Et vous, qu’avez-vous envie de peindre ?

 

 

Blanc comme neige

INFOLETTRE DE MARS

Dorénavant je publierai les infolettres directement sur mon blog.

brushes-3129361_640À venir : ouverture de mon atelier à Saint-Augustin-de-Desmaures avec des cours de créativité, des ateliers d’écriture et des expos, des expos, des expos …

21 avril : Convention des beaux-arts, Lévis

21 avril-20 mai : Bibliothèque Roger-Lémelin, Québec
16-17 juin : Visit’Arts, Québec
17-19 août : Plaines Couleurs, Québec
1er sept-31 oct : Expo perso à L’Accroche pied, Saint-Augustin

« La peinture, c’est d’abord le peintre, ses outils, les matériaux qu’il emploie, son atelier, tous les prolongements techniques de son propre organisme en action. C’est son travail et le produit de son travail. C’est son activité professionnelle, sa vocation, son effort. C’est son métier. Sa technique. »
René Passeron (1962)

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Vue de Delft, Johannes Vermeer, 1659-1560

J’ai longtemps cherché la perfection en peinture, en étudiant la peinture des maîtres flamands, l’anatomie artistique, la perspective et la théorie des ombres. Il s’agissait pour moi d’aller toujours plus loin dans l’académisme : affiner le trait, épurer la ligne, créer des illusions visuelles, impressionner. Puis j’ai compris que je ne pourrais plus poursuivre ma quête de l’impossible. Il suffit de s’arrêter, et de regarder autour de soi : la vie est là, à portée de main.

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Depuis, j’observe  la nature, les arbres, les végétaux, les animaux, les êtres qui la peuplent. Je m’attache à peindre le monde tel qu’il est et surtout, tel que je le perçois. La main, le regard, une toile, des pinceaux et des couleurs : ce sont mes seuls outils, qu’en bonne ouvrière je  m’efforce d’exploiter au mieux. Je  monte, colle et enduis mes toiles avec de la colle de peau que je prépare moi-même. Je broie des pigments naturels et je fabrique mes propres huiles. Le tout à l’ancienne, comme les peintres d’autrefois. A ceci près que je n’utilise pas de solvant à base de térébenthine mais de l’essence d’orange ou de l’huile recyclée. De cette façon, je plonge réellement au cœur de la matière et de la nature, et en exprime le meilleur. Je modèle les formes et les volumes à la main et au pinceau, en un corps à cœur parfois éprouvant. J’aime travailler avec des matériaux bruts : la toile nue, dont la texture et la trame restent visibles par endroits. De cette façon, la lumière inonde la toile et les couleurs apparaissent par touches tantôt délicates et subtiles, tantôt larges et généreuses. C’est un travail en un seul jet, sans aucun retour en arrière : le geste est spontané, car la peinture est l’expression même de la vie. Dans un style figuratif libre parfois à la limite de l’abstraction, je cherche avant tout à exprimer des émotions brutes, dans un geste ample et spontané. Corps, paysages, animaux et emblèmes totémiques : les forces et l’énergie vitale de la nature m’inspirent une peinture authentique, que l’on peut toucher et manipuler.

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Jackson Pollock en action, 1950

Rappelons que le fait de peindre sur une toile blanche est une démarche assez récente qui remonte à la Renaissance. Autant dire rien du tout en histoire de l’art ! Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on commence à trouver à Deserres de plus en plus de toiles brutes déjà montées, ainsi que des panneaux de bois de merisier ou de peuplier. Beaucoup d’artistes contemporains préfèrent préparer leurs toiles eux-mêmes et apprécient d’en trouver déjà toutes faites.

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Le blanc n’est pas une couleur et, mis à part la neige omniprésente qui envahit tout à Québec, on n’en trouve pas dans la nature. Et encore : le blanc reflète toutes sortes de couleurs, du bleu de ceruleum au bleu indigo, en passant par le violet de cobalt et le gris de Payne.  Celui-là, je l’aime bien. Je l’utilise depuis des années en aquarelle et j’ai eu récemment l’idée d’en mettre aussi dans mes huiles. Pourquoi ? À petites doses, ce gris transparent et bleuté permet de foncer les couleurs d’aquarelle sans les transformer. À l’huile, j’en mets pour rehausser les couleurs par effet de contraste simultané en remplacement du noir, que je n’aime pas. Sauf le noir de fumée, proche de l’étain. Mais le noir, au même titre que le blanc, n’est pas une couleur. Surtout ne foncez jamais vos couleurs avec, vous allez les étouffer avec un immonde caca d’oie. Utilisez-le plutôt en réserve, pour mettre en valeur les couleurs par opposition. Rien de tel qu’un fond noir pour créer des effets de relief, grâce au clair-obscur.

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La Madeleine à la veilleuse, Georges de La Tour, 1642-1644

En janvier je soulevais la question du syndrome de la page blanche et donnais quelques pistes pour le vaincre, aussi bien en écriture qu’en peinture. Certains froissent et déchirent une feuille de papier pour exorciser leur peur, d’autres se lancent dans une série de gribouillages plus ou moins artistiques ; l’essentiel étant de dédramatiser le processus de création.

Ce mois-ci je pose la question du blanc, du noir et de leur interaction avec les couleurs. Je ne donne pas de solution, mais propose juste des pistes de réflexion, comme ça, en passant … Le débat est ouvert.

Et vous, avez-vous peur du blanc ?

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La tempête de neige

Ce mois-ci, plutôt que de vous envoyer une infolettre généraliste, j’ai choisi de vous offrir  une nouvelle que j’ai écrite il y a très exactement un an. J’espère ainsi vous offrir quelques instants de bonheur, alors que nous sommes justement au cœur de l’hiver …

La tempête de neige

  • La tempête de neige faisait rage et le vieil homme se demandait s’il allait réussir à passer le col avant la tombée de la nuit. Il était parti avant même les premières lueurs de l’aube, traînant derrière lui une mule étique aux côtes saillantes, fatiguée mais dotée d’un coeur vaillant. Cette dernière portait sur un bât les uniques possessions du vieil homme, une forme angulaire emballée dans des couvertures de laine grise d’un côté, une sacoche de cuir de l’autre, ainsi que quelques maigres vivres composées en tout et pour tout de noix, de pain sec et de fromage, avec une outre de vin coupé d’eau. C’était la fin du mois d’août et la veille encore, un soleil radieux inondait la vallée de ses rayons lumineux. Il était donc parti seul et confiant, n’imaginant pas un seul instant que sa traversée pourrait devenir aussi périlleuse. Une bourrasque fit tomber son chapeau et il lâcha sa mule pour le rattraper. C’est alors qu’il décida de rebrousser chemin. C’eût été stupide de sa part d’atteindre un aussi grand âge pour mourir ainsi, par imprudence et excès de confiance. Après tout, il avait déjà plus de 60 ans, un âge plus que vénérable en ces temps anciens. Il allait retourner sur ses pas et rejoindre son assistant, qu’il avait imprudemment laissé dans un refuge d’alpage avant de se lancer seul à l’assaut du Mont-Blanc, pour Dieu seul savait quel chimère. Féru de botanique, il avait en effet décidé de profiter de son passage dans les Alpes pour cueillir des edelweiss, cette fleur sauvage que l’on ne trouvait qu’aux plus hauts sommets.
    Il enfonça son chapeau sur ses oreilles et attrapa la mule par sa longe, qu’il noua autour de la taille pour ne pas la perdre dans le blizzard. Le ciel avait viré au bleu indigo et était constellé de cristaux de neige qui lui glaçaient le visage. Il ne pourrait bientôt plus marcher, il lui fallait trouver un abri d’urgence. Mais il n’y voyait rien. Si au moins il trouvait une anfractuosité derrière un rocher, il pourrait s’y réfugier et se protéger derrière sa mule. Il continua donc à marcher, de plus en plus péniblement.
    C’est alors qu’il se heurta à un mur de glace. Il comprit alors qu’il ne devait plus être très loin du village. C’était probablement la Mer de Glace, cette curiosité naturelle qui affolait la population locale, car le glacier menaçait à tout instant de s’effondrer et d’envahir la vallée. C’était risqué, mais il n’avait pas le choix : il devait pénétrer dans la grotte qui se trouvait sous le glacier, et s’y abriter. Il pourrait y passer la nuit et repartir le lendemain en toute sécurité. Traînant une mule récalcitrante effrayée par l’obscurité, il la fit entrer à reculons avant de la débâter. Enfin, il était au sec. C’est alors qu’il aperçu un cercle de pierres entourant les traces d’un vieux foyer et une provision de bois juste à côté. Soulagé, il alluma un feu de camp et se prépara pour la nuit, déballant une couverture dans laquelle il s’enroula pour se réchauffer.
    Ne parvenant pas à dormir, il décida au coeur de la nuit d’explorer la grotte et s’enfonça dans la pénombre, une torche à la main. Peureuse, sa mule le suivit. Tous deux s’enfoncèrent dans un dédale de couloirs humides et sombres, leurs ombres projetant des formes fantomatiques sur les parois de glace grise. C’est alors qu’une faible lueur bleutée apparut. Surpris, le naturaliste qui se cachait dans l’âme du vieil homme s’approcha. Sans doute était-ce un phénomène naturel similaire à celui des feux follets, provoqué par le frottement de minéraux avec la glace. Peut-être du quartz, pensa le vieil homme. Ou alors du cristal. Il se rapprocha encore. C’était une sphère lumineuse. Il saisit alors le carnet qui ne quittait jamais sa poche, pour la dessiner. Mais la lueur était encore trop faible, il n’y voyait pas assez. Il approcha la main pour toucher la sphère, dans le vain espoir de traverser la lumière. Saisi, il ressentit un picotement intense. Il retira la main pour inspecter ses tendons noueux. Il avait l’impression que ses articulations ne lui appartenaient plus. Mais une force l’attirait, à laquelle il ne pouvait résister. Il passa le bras, puis le haut du corps. Il traversa la lumière et sa mule, confiante, le suivit. Tous deux furent alors transpercés par un grand éclair bleu et s’évanouirent dans une lumière vive.
    ***
    Le petit Arian Aiyiel se promenait sur la plage, à la fois fier et inquiet d’avoir échappé à la vigilance parentale. Il aimait les levers de soleil par dessus tout, et rêvait de rapporter un coquillage de lune à sa mère, une guérisseuse de la mer. Il n’était pas vraiment seul de toute façon, car son ange-animal le suivait de près. C’était un griffon, attaché à la famille depuis plusieurs générations. Arian ne craignait rien avec Elzoi’R. Selon les circonstances, il jouait tour à tour les fonctions de gardien, de compagnon de jeux, et de protecteur.
    Soudain, l’enfant trébucha sur une branche de bois flotté et tomba lourdement sur le sable. Elzoi’R ne bougea pas une griffe. Il était bon que le chérubin fasse ses expériences et tire des leçons des quelques plaies et bosses qu’il se faisait au cours de ses pérégrinations matinales. Laissant le petit ange se relever tout seul, il s’envola explorer la plage un peu plus loin. C’est alors qu’il aperçut une forme sombre au bord de l’eau, léchée par les vagues. Intrigué, il piqua vers elle et aperçut les silhouettes d’un humain et d’un petit cheval. Les hommes s’aventuraient rarement dans le territoire des anges. Sans doute était-il perdu. Il s’approcha et vu qu’il était inconscient. Il l’agrippa par les serres, en prenant bien soin de ne pas blesser la chair tendre de l’humain, et le déposa sur la plage pour l’abriter de la marée montante. Puis il fit de même avec le cheval qui, fort heureusement, n’était qu’une simple mule, beaucoup plus légère. Plutôt que d’essayer de les ranimer, au risque de les effrayer, il s’élança vers Arian en lui demandant de rester bien sage, et piqua vers le domaine familial pour alerter la guérisseuse.
    Ayant déjà oublié sa chute, Arian décida de s’approcher de l’humain étendu un peu plus loin. C’était un chérubin et ses ailes ne s’étaient pas encore développées, il ne pouvait donc pas voler jusque là. Mais il fit de son mieux, et courut lui porter secours.
    – Monsieur ! Vous m’entendez, monsieur ?
    Le chérubin posa sa main sur le front de l’humain, comme il avait vu sa mère le faire de nombreuses fois. Il ressentit une chaleur intense et secoua le poignet pour chasser l’énergie qui le brûlait. Il allait recommencer lorsque sa mère atterrit auprès de lui dans un bruissement d’ailes.
    – Pousse toi, Arian. Laisse moi faire.
    La guérisseuse prit le pouls de l’humain et lui fit respirer des sels de mer. Il éternua, puis ouvrit les yeux, désorienté. Une femme aux longs cheveux noirs et aux pommettes arrondies le regardait.
    – Eso ayopatm jambut’z. Purusha aiyiala Shambala …
    Des sons incohérents se firent entendre dans une brume ouatée où flottaient des spirales psychédéliques de toutes les couleurs qui ondulaient mollement. Le vieil homme commença à émerger lentement d’une douce torpeur. Il se sentait drogué, déphasé.
    Il se redressa sur les coudes et regarda autour de lui. Peu à peu, les souvenirs de son aventure remontèrent à son esprit. La tempête de neige, la grotte sous le glacier, la lumière bleue … Il avait du être recueilli par des sauveteurs envoyés par son assistant. Mais il se rendit vite compte qu’il n’en était rien.
    Tout d’abord, on lui parlait dans une langue inconnue. Ce n’était ni du grec ni du latin. Encore moins du français ou de l’italien. De l’allemand ? Non plus. Lui qui maîtrisait couramment plusieurs langues européennes n’en reconnaissait aucune. Ensuite, rien n’expliquait le paysage paradisiaque dans lequel il se trouvait. Il avait quitté une sombre vallée montagneuse pour se retrouver sur une plage au bord de l’océan, sous une chaleur intense. De plus, le ciel était d’une curieuse nuance de bleu. Jamais il n’avait vu pareille couleur : c’était une sorte de bleu turquoise, clair et transparent, qui n’avait rien à voir avec le bleu éclatant de Toscane ou le céruléum d’Île-de-France. C’était à n’y rien comprendre. À moins qu’il ne soit mort, tout simplement ? Il avait succombé au froid, c’était certain. Il ne voyait pas d’autre possibilité. Mais dans ce cas, comment expliquer la chaleur du soleil et le picotement du sable qui lui grattait le dos ? La mort éliminait les sensations corporelles, il en était certain. Rien ne pouvait expliquer la situation dans laquelle il se trouvait.
    – Ne vous agitez pas, vous avez reçu un choc.
    La jeune femme lui parlait à présent en italien.
    – Où suis-je ?
    – Sur une île de l’océan Azuréen.
    – De la mer méditerranée, vous voulez dire ?
    – Absolument pas. Vous avez découvert un portail entre Gaïa et Shambala, et vous êtes à présent au coeur de l’océan Azuréen.
    – Mais cela n’a aucun sens ? Et d’abord, qu’est-ce que Gaïa, si ce n’est le nom d’une déesse grecque ?
    – C’est aussi le nom que nous donnons à votre terre, Gaïa. Reposez-vous, mon mari arrive, nous allons vous emmener chez nous pour vous soigner. Nous vous expliquerons tout une fois que vous aurez repris des forces.
    Un ange à la carrure d’athlète arriva et déploya un grand filet de pêche sur le sol avant de l’enrouler autour du vieil homme et de sa mule. Il prit ensuite l’une des extrémités et son épouse l’autre, puis tous deux soulevèrent le filet et ses occupants avant de s’élever dans les airs. Elzoi’R qui était de retour, fit grimper Arian sur son dos et le petit groupe hétéroclite disparut dans les airs.
    ***
    Le vieil homme se sentait beaucoup mieux. Les soins que lui avaient prodigués la guérisseuse angélique lui avaient permis de récupérer. Il se remettait peu à peu du choc culturel, qui l’avait beaucoup plus marqué que ses blessures physiques, somme toute minimes. Certes, sans le portail, il n’aurait probablement pas survécu à la tempête qui faisait rage dans le Mont-Blanc, et il souffrait d’engelures et de contusions multiples. Les tempêtes d’été étaient les pires. Mais ce n’était rien en comparaison de ce qu’il avait découvert à son réveil. Lui, un scientifique épris de rationalité, s’était retrouvé du jour au lendemain projeté dans un monde dont il ignorait tout. Shambala, la cité perdue des anciens, une sorte d’Atlantide d’outre monde, l’avait accueilli sans hésitation. Dans ce monde étrange co-existaient des anges, des humains, et des maudits. Trois espèces que tout séparait. Les anges étaient quasiment immortels. Les humains étaient les mêmes que sur terre. Les maudits étaient très proches des humains, mais n’avaient pas d’âme. En revanche, ils disposaient d’une espérance de vie plus longue. Il arrivait parfois que des unions contre nature se produisent, entre anges et humains, ou bien humains et maudits. Jamais entre anges et maudits. Mais la plupart du temps, les communautés angéliques, humaines et maudites étaient bien cloisonnées. Les anges détenaient le pouvoir spirituel et temporel. Ils soutenaient les arts et les sciences, et communiquaient par télépathie ou avec des cristaux mnémoniques, capables d’enregistrer des quantités phénoménales d’information. Les maudits s’occupaient du commerce et de la technologie. Ils construisaient des routes, des manufactures et des banques. Quant aux humains, tiraillés entre les deux, ils survivaient, tout simplement.
    Pour lui, l’homme de science, c’était une chance extraordinaire et, surtout, l’occasion d’avoir enfin des réponses aux questions qu’il se posait sur l’univers.
    – Comment allez-vous ce matin ? lui demanda Dame Liz’A Aiyiel, la guérisseuse.
    Cela faisait déjà deux jours qu’il était sur Shambala.
    – Merveilleusement bien, répondit le vieil homme. Je me sens prêt à explorer le monde, c’est à croire que vous m’avez redonné une seconde jeunesse.
    – Mais vous êtes encore jeune, vous savez. Ici les humains vivent en général une centaine d’années, vous avez encore de belles années devant vous.
    – 100 ans ? Vous me parlez là d’une longévité exceptionnelle. Les hommes de mon pays dépassent rarement plus de 50 ans, vous savez. J’ai donc fait mon temps, selon nos critères.
    – Avec les progrès de la médecine, vous devriez pouvoir en faire autant, vous savez. J’ai vu vos carnets, dans vos bagages. Vous avez des connaissances en anatomie et en médecine hors du commun. Mais pardonnez mon indiscrétion … Je voulais juste protéger vos effets personnels de l’humidité, je n’ai pas pu m’empêcher de lire quelques pages.
    – Ne vous en faites pas, c’est plutôt moi qui aurais beaucoup à apprendre de vous en réalité. Mais dites moi, où avez-vous appris à parler italien ?
    – Sur Gaïa. J’ai beaucoup voyagé autrefois.
    Alors vous devez connaître mon pays, la Toscane.
    – Oh oui, c’est une région absolument merveilleuse. Mais je n’y suis pas retournée depuis une bonne centaine d’années. Dans mon souvenir, c’est une terre de vignes et d’oliviers.
    – Mais qui n’a rien de comparable avec Shambala. Je suis émerveillé par vos paysages et, surtout, votre cosmologie. Vous avez 3 lunes !
    – Io, Azur et Saphir, oui. Cela complique considérablement le calcul des équinoxes. Je vous l’expliquerai, si vous voulez.
    Émerveillé, le vieil homme accepta. Commença alors pour lui une phase de sa vie dont il garderait longtemps un souvenir ébloui. Lui, simple humain, vivait avec les anges. Il étudiait la cosmologie shambalienne, ainsi que ses plantes et ses animaux. Fasciné par Elzoi’R, il dessina le griffon sous toutes ses faces, y compris en plein vol. L’anatomie de ses ailes l’intéressait tout particulièrement et il pouvait passer des heures à les reproduire dans les moindres détails. Les pentes herbeuses de l’île Azuréenne regorgeaient de plantes inconnues qu’il prenait un grand plaisir à étudier. Il remplissait les pages de ses carnets à une allure grandissante, et les recouvrait de croquis et de notes de botanique. Il découvrit rapidement que les connaissances en médecine de Dame Liz’A dépassaient largement les siennes, et se mit à l’étude avec avidité. Il retrouvait une seconde jeunesse. Assurément, une vie entière ne suffirait pas à assouvir sa passion pour la botanique et la science.
    Les anges avaient reconnu en lui sa soif de savoir, et se faisaient un plaisir de la satisfaire. La question d’un éventuel retour sur terre se posait de plus en plus rarement. Il aurait aimé passer le reste de sa vie à Shambala afin de satisfaire sa soif de connaissances. Lorsque Dame Liz’A lui proposa de l’accompagner à l’Académie des Anges, au coeur des montagnes Boréennes, il accepta avec grand plaisir. Il allait rencontrer les plus grands savants de ce monde.
    ***
    Le vieil homme s’attendait certes à voyager rapidement, mais jamais il n’aurait imaginé une aventure aussi extraordinaire. Le matin du départ, il avait rassemblé ses effets personnels et, surtout, rangé ses précieux carnets dans sa sacoche. Sa mule resterait au domaine Aiyiel, avec les animaux de ferme. Après l’avoir laissée à l’écurie avec une ration confortable de foin, il se dirigea vers Dame Liz’A. Celle-ci le prit par la main et il se retrouva aussitôt dans la cour d’un château entouré de hautes montagnes.
    – Comment avez-vous fait ? C’est de la magie !
    – D’une certaine façon, oui. Plus simplement, il s’agit de téléportation. Les anges ont la faculté de se déplacer instantanément n’importe où dans l’univers physique, répondit la guérisseuse.
    – Y compris sur terre ?
    – C’est un peu plus compliqué que cela mais en théorie, oui, c’est possible. Nous avons des portails qui permettent de voyager entre les mondes, et certains anges parmi les plus puissants sont même capables de voyager à volonté.
    Le vieil homme était de plus en plus fasciné par ce qu’il découvrait. Chaque jour lui apportait de nouvelles surprises, toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Il rêvait d’apporter de telles connaissances sur terre. Mais sans lui laisser le temps de réfléchir, la guérisseuse l’emmena vers l’entrée du château, où un groupe de jeunes anges entourait un ange d’âge mûr. Enfin, à ce qu’il semblait. Les apparences pouvaient être trompeuses, sur Shambala.
    L’ange un peu plus âgé fit un signe dans leur direction.
    – Comment va ma petite angélique préférée ? s’exclama-t-il en enlaçant Dame Liz’A avec force.
    – Bien mais tu m’étouffes, espèce de brute ! Excusez-le, il se croit toujours obligé de faire de grandes démonstrations d’affection, répondit-elle en se tournant vers le vieil homme. Je vous présente Gal’Yiel Aiyiel, mon frère aîné.
    – J’ai beaucoup entendu parler de vous, Maître, ajouta ce dernier en lui serrant la main. J’ai hâte de vous présenter mes élèves.
    – Vos élèves ?
    – Oui, je dirige l’Académie de peinture du Château des Anges.
    – Dans ce cas c’est vous qui méritez le titre de Maître, et pas moi. Je ne suis qu’un modeste inventeur pour qui l’art n’est qu’un passe temps.
    – Ma soeur m’a parlé de vos dessins, elle a beaucoup d’admiration pour vous et je fais suffisamment confiance à son sens esthétique pour me douter qu’il s’agit bien plus que d’un simple passe temps. Vous êtes un véritable humaniste, un savant et un artiste accompli dans tous les domaines.
    – Vous me gênez. Mais montrez moi vos élèves, j’ai hâte de découvrir leurs travaux.
    – Gal’Yiel les emmena tous les deux au dernier étage de la tour, dans un atelier ouvert sur une grande terrasse, où les étudiants en art allaient et venaient au gré de leurs activités, entre lumière intérieure et lumière extérieure. Certains modelaient de l’argile, d’autres traçaient des esquisses au fusain, ou peignaient des paysages à grands coups de brosse. Une jeune fille était occupée à peindre une fresque sur de grands panneaux de bois, et le vieil homme s’approcha. Sa méthode était pour le moins déroutante. Elle avait disposé les panneaux au sol et non sur des chevalets, et voletait au dessus tout en laissant de la peinture liquide couler au goutte à goutte. Le résultat était curieux : de près cela ne ressemblait à rien, de loin on avait l’impression d’être envahi par une surabondance de végétation tropicale.
    – Que faites vous ? lui demanda-t-il, intrigué.
    – De l’expressionnisme. Cela n’a pas encore été inventé sur Gaïa, mais dans quelques siècles cela risque de faire fureur chez vous, vous verrez.
    – Cela m’étonnerait, répondit le vieil homme avant de s’approcher d’un autre étudiant. Je ne serai plus de ce monde, je ne suis qu’un simple humain.
    Le jeune homme qu’il observait à présent était concentré sur une petite peinture qui semblait animée. Les personnages bougeaient !
    – Qu’est-ce que cela ?
    – De l’art kinétique. De la peinture en mouvement.
    – Comment réussissez-vous ce prodige ?
    – Oh, rien de plus simple en réalité. Il suffit d’incorporer un peu de poudre de cristal aux pigments, et on obtient ainsi l’illusion du mouvement.
    Le avieil homme était subjugué. Tout ce qu’il voyait le dépassait, et il rêvait de pouvoir rapporter ne serait-ce qu’une seule des oeuvres qu’il avait sous les yeux, sur terre. Mais il n’était pas au bout de ses surprises. Après lui avoir fait visiter son atelier, Gal’Yiel l’emmena d’un coup d’aile au sommet de la montagne admirer le panorama qui l’entourait. Il avait l’impression d’être sur le toit du monde.
    – Vous me faites rêver éveillé, c’est incroyable, s’exclama-t-il.
    – N’est-ce pas merveilleux de vous retrouver ici, au sommet du Mont Olympe ?
    – Comment avez-vous dit ?
    – Le Mont Olympe.
    – C’est bien ce que j’avais compris. Mais je croyais qu’il ne s’agissait que d’une légende.
    – Nos mondes sont plus proches que vous ne pouvez l’imaginer, ajouta l’ange. Si je vous ai emmené ici, c’est parce que vous avez beaucoup d’importance à nos yeux.
    Gal’Yiel expliqua donc au vieil homme que la façon dont il avait été téléporté sur Shambala n’était pas tout à fait un hasard. Gaïa et Shambala étaient liées à la fois dans l’espace et le temps. Il s’agissait en réalité d’un seul et même univers, qui se déployait dans deux dimensions parallèles. Ce qui se passait sur Gaïa affectait Shambala, et réciproquement. Le vieil homme était un savant de génie dont la postérité retiendrait le nom, et dont les inventions verraient le jour d’ici plusieurs siècles. Mais l’humanité n’était pas encore prête. Une des découvertes du vieil homme en particulier devait absolument être retardée : celle sur le monde de l’infiniment petit et des micro particules. Elle pourrait avoir des effets dévastateurs sur l’équilibre des grandes puissances occidentales, et provoquer une guerre à l’échelle de l’Europe toute entière. Surtout si l’Amérique, la future première puissance mondiale, venait à en prendre possession.
    – L’Amérique ? Qu’est-ce que cela ? demanda le vieil homme
    – Vous n’êtes pas sans connaître Cristoforo Colombo, j’imagine.
    – Non, bien sûr. Vous voulez parler de ce navigateur qui a ouvert une nouvelle voie vers les Indes ?
    – Oui, et aussi d’Amerigo Vespucci, qui a donné son nom au continent américain.
    – Mais il s’agit de terres vierges !
    – Absolument pas. L’Amérique est un grand continent peuplé de civilisations malheureusement appelées à disparaître, et va devenir une des plus grandes puissances mondiales, au même titre que l’Europe. Davantage, même. Un jour, les nord américains seront les maîtres du monde. Mais là n’est pas mon propos.
    Gal’Yiel expliqua donc au vieil homme que ses découvertes scientifiques comportaient un risque pour l’humanité, qui n’était pas prête à les assimiler. Il fallait à tout prix qu’il les mette de côté pour le moment.
    – Vous me demandez de renoncer à mes recherches scientifiques ? s’insurgea le vieil homme.
    – Non, simplement de les cacher pour qu’elles ne soient pas découvertes trop tôt. Vous avez écrit 12 carnets, je crois.
    – Oui, c’est bien cela.
    – Et ces 12 carnets ont été rédigés en écriture scapulaire.
    – Oui, en écriture inversée. C’est plus facile pour moi, qui suis gaucher.
    – Vous avez donc l’habitude de coder vos écrits. Je vous demande donc de coder votre dernier carnet aux yeux des hommes, et de le rédiger en haut shambalien, ou tout autre code que vous jugerez nécessaire. De plus, vous vous arrangerez pour le mettre en lieu sûr, de façon à ce que personne ne puisse y accéder avant plusieurs siècles. Au besoin, nous nous en chargerons. En échange, nous vous ferons partager nos connaissances et ce, dans tous les domaines qui vous intéressent. Vous pourrez donc mener vos recherches à votre gré, et les pousser aussi loin que vous le désirerez. Le moment venu, vous retournerez sur Gaïa, avec vos 13 carnets. Mais vous garderez le 13e secret, afin que nul ne puisse en faire mauvais usage.
    Le vieil homme accepta. Fasciné par la civilisation aux multiples facettes de Shambala, entre anges et maudits, il était conscient de la chance qui lui était offerte de pouvoir mener ses recherches aussi longtemps qu’il lui plairait. De plus, il se rendait bien compte que les hommes de son temps ne pensaient qu’à guerroyer. Dieu seul savait ce qu’ils pourraient faire de sa découverte. Dieu et les anges.
    Il s’installa donc au Château des Anges avec sa fidèle mule, qui fut installée confortablement aux écuries du Mont Olympe, non loin des prairies où s’ébattaient chevaux ailés, licornes, et poneys sauvages. Tous deux passèrent dix années heureuses, qui furent parmi les plus belles de leur vie. Le vieil homme remplit son 13e carnet, et bien d’autres en réalité. Il fit même poser Dame Liz’A, un jour qu’elle était venue lui rendre visite avec son fils Arian, et put ainsi terminer les toiles qu’il avait emmenées dans ses bagages, qui lui donnaient du fil à retordre depuis des années.
    Finalement, il décida de retourner à Gaïa pour y finir ses jours. Il se rendit au sommet du Mont Olympe avec sa mule en compagnie de son vieil ami Gal’Yiel, et de Dame Liz’A. C’était un lieu sacré, où un cercle de pierres formait un portail aux destinations multiples. Gal’Yiel, qui était là pour l’aider à partir, lui effleura l’épaule d’une rémige en lui souhaitant bonne chance.
    Le vieil homme et la mule disparurent dans un grand éclair bleu et se retrouvèrent dans la grotte du Mont-Blanc, dix ans plus tôt. C’était le petit matin et la tempête avait disparu. Le ciel était clair et le vieil homme descendit tranquillement vers la vallée rejoindre son fidèle assistant qui l’attendait, inquiet.
    Si celui-ci s’étonna de voir son maître soudain vieilli de dix ans en une nuit, il mit cela sur le compte de la fatigue du voyage.
    C’est ainsi que Leonardo da Vinci traversa les Alpes, avant de rejoindre son fidèle ami François Ier, avec sa mule et le portrait de Mona Lisa dans ses bagages. Le 13e codex resta caché pendant plus de 300 ans. Quant aux autres codex, ils seraient restés sur Shambala et plus personne n’en entendit plus jamais parler. Mais c’est une autre histoire.

Meilleurs voeux 2018 !

carte de voeux Isabelle Frot 2018

Il y a 50 ans, le 1er janvier 1968

Jacques Brel présentait ses voeux à la radio .

« Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir… Et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer,
et d’oublier ce qu’il faut oublier.
Je vous souhaite des passions.
Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil,
et des rires d’enfants.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence
et au vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour,
car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.
Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux,
car le bonheur est notre destin véritable. »

Si vous souhaitez connaître la suite, demandez mon infolettre de janvier ! 

De la catastrophe à l’oeuvre d’art

IMG_8206.JPGLorsque les couleurs se brouillent, que la palette attire les mouches, et que l’on trempe son pinceau dans le café …

Pour lire la suite, veuillez demandez mon infolettre de décembre et je me ferai un plaisir de vous l’envoyer par courriel.

En attendant, j’aiguise mes crayons pour le Salon de Noël de la Société artistique et culturelle de Québec qui a lieu ce week-end à … Québec !

 

Dessiner comme au cinéma

Vous êtes vous déjà demandé pourquoi les artistes ressentaient le besoin d’utiliser cet instrument de torture que l’on appelle un chevalet ?

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Chevalet de torture

Rassurez-vous, le chevalet d’artiste n’a rien à voir avec le supplice de l’écartèlement. En fait, c’est pour avoir un meilleur point de vue sur ce que vous dessinez. Si vous posez votre carton à dessin sur vos genoux, vous allez voir en biais. Alors que votre modèle sera dans l’espace, à hauteur des yeux. Vous comprenez l’astuce ? Si vous posez le même regard sur votre dessin et sur votre modèle, il n’y aura pas de déformation, et ce sera plus facile. Cela vous permet de bien voir, comme au cinéma.

fullsizeoutput_11e4Je sais déjà ce que vous allez me dire : grâce à l’imagination de l’artiste, il n’y a pas besoin de modèle. Certes. Mais je ne sais pas dessiner les dinosaures. Pourquoi ? Tout simplement parce que je n’en ai jamais vu,  à part dans Jurassic world. Par contre, je n’ai aucun problème pour dessiner un cheval de mémoire, parce que je connais bien les chevaux.  Mais je peux vous assurer qu’avant de dessiner des chevaux à main levée et sans modèle,  j’ai passé des heures à les observer et à tenter de reproduire leurs oreilles. Oui, je l’avoue, j’ai un faible pour les oreilles des chevaux…

En dessin, le plus important, c’est l’observation. Avant d’être capable de dessiner d’imagination, il faut observer, observer, et encore observer. Et pour cela, rien de tel que la mise en situation réelle. Dans la vie, à moins d’être accro aux réseaux sociaux et de passer plus de temps sur son téléphone que dans le monde réel, nous sommes entourés d’objets en trois dimensions : hauteur, largeur, profondeur. Nos cinq sens jouent un rôle primordial dans notre perception de l’univers physique.

Contentons nous de la vue et du toucher. Et commençons à dessiner, non pas un dinosaure ou un cheval, mais une pomme. Et là, je vois déjà la grimace de mes élèves …
Isabelle, elle nous fait toujours dessiner des pommes, on n’en peut plus des pommes !
Désolée, c’est juste un exemple. Un jour, mon obsession pour les pommes passera. Ou peut-être pas. Ne vous inquiétez pas,  ce n’est pas contagieux. Sauf pour Cézanne.

Imaginons une pomme. Une belle grosse pomme rouge, bien juteuse. Mieux encore : un compotier avec plusieurs pommes rouges. Avec juste une verte, à gauche.
Ben non, je la vois à droite, la pomme verte.
Comment  ça, vous la voyez à droite ? Puisqu’elle est à gauche !
En fait, peu importe. Tout dépend du point de vue, selon que vous êtes assis, debout, avec les pommes au milieu ou au bord de la table. Disons que vous êtes assis à une table avec le compotier devant vous, à peu près à la hauteur des yeux.  Il suffit de vous déplacer légèrement sur le côté, et la lumière change complètement. Du coup, le dessin que vous allez faire va changer, lui aussi. Pourquoi ? Parce que tout est question de point de vue.

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Le regard que vous portez sur les pommes, à moins d’avoir le cou tendu vers l’écran de votre téléphone en restant immergé dans un monde virtuel, s’étend sur un plan horizontal, tandis que le compotier apparaît sur un plan vertical. Quand à la profondeur, ou troisième dimension, c’est la distance qui vous sépare du compotier*, et qui change en fonction du point de vue.
* Vous pouvez peindre des fleurs si vous préférez

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Pour peindre les fleurs vous devez porter sur votre toile le même regard que sur votre modèle. C’est comme prendre une photo : vous reproduisez ce que votre oeil perçoit afin d’éliminer le plus possible les déformations dues à la profondeur. Le plus simple, c’est encore de dessiner en vertical, comme au cinéma.

art-2027292_1280.pngVoilà à quoi sert un chevalet. Ce n’est pas un accessoire de mode et encore moins un instrument de torture. C’est juste pour vous aider. Après, vous faites comme vous voulez : vous pouvez utiliser un chevalet de table, un chevalet de campagne, ou un chevalet d’atelier. Vous pouvez aussi utiliser une table à dessin inclinée, c’est bien aussi. Ou alors, tout simplement poser  une planche au bord d’une table. L’idée étant d’avoir le même point de vue sur votre modèle et sur votre dessin, afin de reproduire le plus fidèlement possible ce que vous observez dans le monde physique.

La prochaine fois, nous verrons pourquoi on utilise des toiles blanches pour peindre.

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Ne dites pas que je suis une artiste, ma mère croit que je suis secrétaire dans un cabinet comptable

Aimez-vous le dessin ? Moi, quand j’étais petite, j’adorais dessiner.  Mais pas n’importe quoi : j’avais un faible pour les princesses, les fées, les poneys (déjà) et les dauphins. Je pouvais passer des heures à dessiner Oum. On faisait des concours avec les copines, et on votait pour le plus beau des dauphins blancs.

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À l’adolescence, je ne pouvais plus trop organiser de concours de dessin avec les copines. Elles préféraient parler de garçons, de fringues ou de maquillage. Alors j’étais un peu à part. Mais je prenais des cours de dessin et je croquais les profs pendant les cours. Surtout la prof de maths. Du coup, je distribuais mes dessins aux amis et ma popularité grimpait en flèche. Mais pas mes notes en maths … Là, c’était plutôt la cata.

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À la fin de mes études secondaires, je n’ai pas hésité une seconde : ce serait les Beaux-arts ou rien. C’est là que, soudain, tout est devenu compliqué. Lorsque j’ai annoncé ma décision, j’ai vu l’incompréhension dans le regard de mes proches. Pour ma famille, c’était un coup de folie, une lubie passagère. Ma meilleure amie m’a même dit :

Quoi, tu abandonnes tes études ?

Inutile de dire que ce n’est plus ma meilleure amie depuis longtemps. Mais pour la famille, c’est plus compliqué. Quand on a une famille, c’est pour la vie. Et pour la plupart des gens (surtout la famille) la peinture, ce n’est pas un métier. Alors j’ai négocié : j’ai fait des études d’arts, mais j’ai aussi fait des études en administration. Comme ça, tout le monde serait content. Ma mère a travaillé dur toute sa vie pour gagner une retraite bien méritée. Elle ne comprendrait pas si je lui disais que je suis une artiste professionnelle. Alors quand elle me demande des nouvelles du travail, je lui dis que tout va bien. Elle croit que je suis secrétaire dans un cabinet comptable.

La peinture, ce n’est pas un métier !

Tamara de Lempicka était une jeune polonaise émigrée à Paris dans les années 1920 après la révolution russe. Fille de bonne famille, elle n’avait pas de métier et a du, pour la première fois de sa vie, travailler. Elle aurait pu devenir couturière ou fleuriste, comme tant d’autres jeunes femmes de son époque. Mais tout ce qu’elle savait faire, c’était dessiner. Alors elle a appris la peinture pour gagner sa vie. Elle s’est inscrite à La Grande chaumière pour devenir une artiste riche et célèbre. Elle a réussi. C’est l’artiste la plus connue des années folles et le symbole de la femme moderne.

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Tamara de Lempicka

La peinture n’est pas un métier ? C’est une idée reçue. Les peintres de la Renaissance travaillaient comme des esclaves pendant des années à préparer les couleurs de leur Maître avant d’avoir enfin l’autorisation de toucher à un pinceau. À l’époque, la peinture, c’était un métier comme un autre. Ni plus, ni moins. Mais aujourd’hui, ce n’est qu’un passe-temps inutile. En plus ça ne sert à rien de prendre des cours parce que la peinture, ça ne s’apprend pas. Il faut être doué à la naissance ? Encore une idée reçue.

Qu’est-ce que j’aimerais avoir ton talent  !

J’entends régulièrement cette petite phrase, mâtinée d’une pointe d’envie. Il n’y a rien de plus faux. J’ai vu beaucoup de gens doués à la naissance ne rien faire de leurs dix doigts, et d’autres sans talent devenir des artistes accomplis. Le talent n’a rien à voir avec ça. Par contre, il faut de la volonté et du courage. De la volonté pour s’entraîner, comme dans le sport. Et du courage pour venir à bout des petites phrases telles que :

  • Tes portraits sont pas mal, mais ils ont un regard pervers
  • J’aime bien ton dessin mais je vais le déchirer en deux car je préfère l’autre moitié
  • Tes chevaux ont un regard noir, ils font peur
  • Je préférais ce que tu faisais avant
  • Je n’aime pas du tout ce que tu faisais avant
  • J’aime bien ta période bleue mais pas du tout ta période jaune (ou le contraire)

Toutes ces petites phrases sont vraies, je n’ai rien inventé.

Bref, vous l’aurez compris, les gens disent tout et n’importe quoi. La seule personne qui peut décider de ce que vous voulez faire dans la vie, c’est vous et personne d’autre.

La peinture, c’est comme le hockey

Il faut pratiquer, pratiquer, pratiquer. Même Sidney Crosby a fait des camps d’entraînement.  Sans entraînement, il n’aurait jamais remporté trois Coupes Stanley. Ni même une seule. La peinture, c’est pareil. Sauf qu’on se fait pas mal quand on fait tomber son pinceau. Tout ce qui risque de vous arriver, c’est de vous salir les mains.

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Et peut-être aussi votre réputation. Votre famille et vos amis risquent de vous prendre pour un fou. Mais imaginez … Vous vous levez un matin, le soleil brille, il fait beau et, au lieu de prendre votre voiture pour aller travailler, vous vous dirigez vers votre atelier * et, une tasse de café fumant à la main, vous vous installez face à votre chevalet tout en laissant les idées venir à vous. Alors, vous prenez une brosse de peintre et, délicatement, vous posez quelques touches de couleur en effleurant la toile avec les poils du pinceau. La sensation est indescriptible. Vous vous sentez alors inondé d’une énergie de création pure, et vous vous laissez emporter par votre instinct d’artiste.
* Ça peut être votre cuisine aussi

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Claude Monet

Claude Monet, qui a peint les Nympheas au-dessus, adorait le jardinage. Il a créé un jardin magnifique à partir de rien pour vivre dans un tableau grandeur nature. Je ne sais pas s’il était doué ou pas dans sa jeunesse, mais il aimait les fleurs. Pendant des années il a planté, semé, jardiné. Il a même fait creuser un bassin pour cultiver des nénuphars. Et il a réalisé son rêve en créant son petit paradis sur terre, qui n’est pas tombé du ciel.

Êtes-vous prêt à relever le défi ?

Je ne vais pas vous apprendre à peindre comme Monet. C’est vous qui déciderez vous-même comment vous voulez peindre. Mais je peux vous donner des trucs. Des astuces que j’aurais bien aimé connaître quand j’ai débuté. Qui sait, peut-être allez-vous vous découvrir une nouvelle passion pour le hockey …

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Tony Harris ©

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De Garance à Azeline

Capture2C’est officiel !

Les Ailes de l’oubli, livre deux : Azeline sort sur Amazon le 20 novembre, en version numérique Kindle et en livre broché.

Pour vous mettre dans l’ambiance, n’hésitez pas à lire ou à relire Les Ailes de l’oubli, livre un : Garance.

 

Les deux livres sont disponibles sur AMAZON.FR  .CA  .COM

CaptureSurveillez le calendrier !

Du 16 au 20 novembre, la version ebook Kindle de Garance est gratuite pendant 5 jours.

Dès aujourd’hui, vous pouvez précommander la version ebook Kindle d’Azeline pour la recevoir chez vous le 20 novembre.

Infos sur la page d’auteur Amazon Isabelle Frot

Les Ailes de l’oubli est une saga fantastique entre deux mondes, le nôtre et Shambala, un univers parallèle où coexistent anges, humains et maudits. Dans le livre un, nous avons découvert Garance, une jeune femme mi ange, mi humaine, à la recherche de ses origines. Dans le livre deux, nous faisons la connaissance d’Azeline, une créature des maudits à la personnalité attachante. Nous y découvrirons que les maudits ne sont pas forcément ceux auxquels on pense …