Ouverture

Salvador_Dali_NYWTS

Salvador Dali et son ocelot Babou, Wikipedia

En guise d’infolettre, je vous offre ce mois-ci le texte d’ouverture d’Azeline, le livre deux de ma saga Fantastique Les Ailes de l’oubli. Le livre trois est en cours d’écriture et devrait, si l’ange des écrivains est gentil avec moi, sortir au cours de l’été 2019.

À lire sans modération, mais ne partagez pas sans mon autorisation SVP.

Azeline, Les Ailes de l’oubli ©

La petite fille marchait pieds nus dans le sable, un seau

rempli d'algues et de coquillages dans une main, un râteau

dans l'autre. Elle avait même ramassé une étoile de mer et en

était très fière, car elle avait l'impression d'en avoir attrapé

une venant du ciel. Elle ne trouvait pas Okasan, sa maman.

Pourtant, elle ne s'était pas éloignée. Enfin, elle ne pensait

pas. Elle était juste allée mettre les pieds dans l'eau, sur la

plage devant la maison. Elle y allait tous les jours avec les

enfants du village, elle était sûre qu’elle ne pouvait pas se

perdre. Elle était juste allée un peu plus loin que d'habitude,

c'était tout. Mais il y avait eu cette grande lumière dans le

ciel, et puis le tourbillon. C'était comme si elle s'était envolée.

Bien sûr, elle ne pouvait pas voler, c'était juste une sensation .

Seuls les oiseaux, et aussi les anges, pouvaient voler. Sauf

qu'elle n'était ni un ange, ni un oiseau. Et puis, elle voulait

son chat, le seul chat au monde capable de ronronner aussi

fort qu’une locomotive à vapeur. Elle aurait pu se réfugier

entre ses grosses pattes et il l'aurait consolée. Mais il n'était

pas là. Il n'y avait personne. Tout le monde autour d'elle

avait disparu au moment où il y avait eu la grande lumière

dans le ciel.

Au bout d'un moment, fatiguée de marcher, elle s'assit

dans le sable, les fesses dans l'eau. Okasan n'allait pas être

contente, elle n'avait pas mis son maillot de bain et en plus

elle allait salir ses vêtements. Elle se releva et tenta de

nettoyer sa robe en frottant dessus. C'était encore pire.

Maintenant elle était toute sale. Et puis ses jambes la

grattaient. Elle se les frotta, ainsi que les bras et le visage.

Elle était rouge comme un homard. Okasan allait la gronder,

elle ne pourrait pas y échapper. Mais où était-elle ? Où était

Otosan, son papa ? Elle était toute seule.

C'était peut-être un jeu. Ou une partie de cache-cache.

Oui c'était ça, elle en était sûre ! Ses parents s'étaient cachés

pour lui faire une blague. Sauf que ce n'était pas drôle. Elle

n'aimait vraiment pas ça. C'est alors qu'elle sentit le sol

trembler sous ses pas. Effrayée, elle se figea sur place. Puis

une nouvelle secousse la fit tomber à terre. Elle se releva

encore plus sale qu'avant. Il se passait quelque chose de

grave, c’était obligé. Elle décida alors de rejoindre le village.

Là bas, elle trouverait du monde pour l'aider. C'était ce que

Otosan lui avait toujours dit. Si un jour tu es perdue, essaie

de monter au sommet de la plus haute montagne que tu

peux trouver, ou sur un gros rocher, ou alors sur la place du

village, là où tout le monde te verra. Sauf que ... il n'y avait

rien et tout était plat. Plat, et on s’enfonçait comme dans des

sables mouvants. Elle en avait vu une fois, de loin. Et là, elle

était en plein dedans. Non, ce n’était vraiment pas drôle. Elle

commençait même à avoir peur.

C'est alors qu'elle aperçut un pont un peu plus loin.

Pourtant elle était sûre qu’il n'y avait pas de pont au village.

En plus il avait l'air bizarre, il était à moitié démoli. Elle ne

reconnaissait plus rien autour d’elle. Mais elle se dirigea tout

de même dans cette direction. Peut-être que des gens

voudraient traverser la rivière. D'ailleurs, en se rapprochant,

elle se rendit compte qu'il y avait beaucoup de monde près

du pont, des dames avec des enfants dans le dos, des

hommes poussant des vélos chargés de bagages. Il y avait

même une voiture. Mais personne ne pouvait passer, le pont

était barré. Elle s'engagea sur ce qui ressemblait plus ou

moins à un chemin. Des débris jonchaient le sol et elle avait

du mal à avancer, mais elle avançait tant bien que mal. Elle

escaladait un dernier rocher qui lui barrait la route

lorsqu'une dame s'adressa à elle.

- Que fais-tu ici toute seule, ma jolie ? Tu as perdu

tes parents ?

Ses yeux s'inondèrent de larmes immédiatement. Son

coeur se serrait, elle n'arrivait plus à parler. Elle leva la tête

vers la personne qui lui parlait et lui fit un sourire timide tout

en serrant son seau contre elle.

- Tu es toute seule ?

La petite fille inclina le buste vers l'avant en un salut

hésitant, paralysée par l'émotion. La dame se pencha vers

elle et la prit dans ses bras en une étreinte maternelle. Toutes

deux restèrent enlacées un moment, puis la nippone comprit

que la meilleure chose qu'elle pourrait faire pour cette enfant

serait de l'emmener avec elle. Elle l'installa sur le portebagage

de son vélo et suivit la foule à pied, tout en se

dirigeant vers des abris de fortune un peu plus loin. Il venait

d’y avoir un tsunami suivi d’un tremblement de terre, et

c’était le jour où la petite Garance fut recueillie et placée par

une infirmière dans l’orphelinat où, plus tard, sa famille

d’adoption viendrait la chercher pour l’emmener à l’autre

bout du monde, à Paris.

Toute sa vie, elle se souviendrait de l’instant précis où

elle avait été recueillie, errant seule parmi les ruines de

Niigata. Elle n’avait aucun souvenir des jours d’avant, ni des

jours d’après. Elle ne connaissait pas son vrai nom, ni le nom

de ses parents. Mais cette journée l’avait marquée à jamais.

C’était le jour où sa vie avait basculée, la privant de ses

origines.

Elle grandirait loin de son pays de naissance, et se

sentirait toujours une étrangère parmi les siens, malgré

l’amour de ses proches. Puis une autre catastrophe

surviendrait avec la mort de ses parents adoptifs dans un

incendie, qui la laisserait encore une fois seule au monde.

Forte, elle saurait reconstruire sa vie et faire les choix

qui s’imposeraient à elle, à savoir emprunter les voies de

traverse d’une vocation artistique qui la mènerait vers une

vie de bohème.

Et puis le destin, et ce qu’elle apprendrait à nommer

« incidences », frapperait à nouveau. Elle finirait par tomber

nez à nez avec le félin de son enfance qui, curieusement,

avait survécu. C’était un ocelot, un chat sauvage d’Amazonie

doué non pas de parole, mais presque : télépathe, il

communiquait avec elle par empathie, en empruntant le

canal des émotions.

Il l’avait aidée à retrouver ses origines, qui se trouvaient

non pas au Japon comme elle l’avait toujours cru, mais à

Shambala, un mystérieux monde parallèle où coexistaient

humains, anges et maudits. Née d’un ange et d’une

humaine, elle avait recouvré ses pouvoirs, la téléportation et

la chronoportation, le pouvoir de voyager dans le temps.

C’est alors qu’elle avait été investie d’une mission par

les anges de sa famille d’origine : remonter le temps pour

sauver le monde. Elle s’appelait Gar’Yia, et non Garance,

comme elle l’avait toujours cru.

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